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VÉNÉRABLE PAULINE MARIE JARICOT

Le texte est issu du guide pour le Mois Missionnaire Extraordinaire

(1799-1862)

Pauline Marie Jaricot est née dans une famille catholique fervente, le 22 juillet 1799, quelques années seulement après la Révolution Française. Elle était la septième et dernière fille d’Antoine et Jeanne Jaricot, marchands de soie à Lyon, ville dont les racines chrétiennes remontent au IIème siècle et qui compte parmi ses évêques saint Irénée, un Père de l’Église. Pauline fut baptisée le jour même de sa naissance. Ses parents avaient demandé à un prêtre fidèle au Pape de baptiser leur dernière fille dans la maison familiale, car le curé de la paroisse Saint-Nizier, dont ils dépendaient, avait prêté serment au Gouvernement révolutionnaire, serment qui minait l’autorité de l’Église de France. Ce fut donc dans un climat d’instabilité civile et durant une période de profonds changements sociaux que Pauline vécut dans ce monde et porta à bien un projet qui devint crucial pour l’activité d’évangélisation.

Tous les récits laissent apparaître que c’était une petite fille joyeuse et vive, très résolue et même un peu têtue. Dans son autobiographie - qui doit être lue en sachant que Pauline était très sévère avec elle-même - elle écrit : « Je suis née avec une imagination débordante, un tempérament superficiel et un caractère violent et paresseux. J’aurais pu être absorbée par beaucoup de choses […] mais Dieu me donna un cœur loyal qui s’abandonnait aisément à la dévotion. » Pauline aimait beaucoup son frère Philéas, de deux ans son aîné, bien déterminé à devenir un jour missionnaire en Chine. Quand Philéas lui fit part de son intention, Pauline lui annonça qu’elle voulait partir avec lui pour s’occuper des pauvres et des malades et s’occuper de la décoration de l’église.

Durant son adolescence et les premières années de sa vie d’adulte, elle était inconstante au niveau de sa dévotion : des moments de prière intense, où naissait en elle le désir de passer de longues périodes à l’église devant le Saint-Sacrement et prier par l’intercession de la Vierge Marie, alternaient avec des occasions où elle désirait participer à des événements mondains, en s’habillant élégamment pour se faire admirer et courtiser par des jeunes gens avec lesquels elle imaginait d’éventuels mariages idylliques. Le 16 avril 1812, à l’âge de treize ans, après une préparation soignée et respectueuse, elle fit sa première communion avec une grande dévotion.

Mais sa vie allait radicalement changer à l’âge de quinze ans, à la suite d’un incident domestique. Elle était en train de faire le ménage quand elle tomba d’un tabouret et chuta violemment sur le sol. Sa chute endommagea gravement son système nerveux, l’empêchant de bouger et de parler normalement. Les médecins tentèrent différents traitements mais ils étaient très pessimistes sur la possibilité de trouver un remède. Sa mère était si préoccupée par son état de santé qu’elle en tomba malade. Sa maladie s’aggrava plus encore lors de la mort inopinée de son fils aîné, Narcisse, âgé de vingt et un ans. Antoine Jaricot décida d’installer sa fille dans un petit village en périphérie lyonnaise, dans l’espoir que la séparation de la mère et de la fille les aiderait toutes deux à guérir plus rapidement. Hélas, Jeanne Jaricot mourut le 29 novembre 1814. La peur de voir la santé de Pauline empirer conduisit la famille à ne pas l’informer de la mort de sa mère.

Le curé du lieu invita Pauline à reprendre la pratique religieuse et elle décida librement de demander le sacrement de la réconciliation et l’Eucharistie. L’expérience du pardon et de la nourriture spirituelle eut sur elle beaucoup d’effet. Dès lors, elle récupéra progressivement l’usage de ses membres et, quand enfin on lui apprit le décès de sa mère, elle admit qu’elle s’en doutait déjà. Dès qu’elle put marcher, elle demanda qu’on la conduise à la Basilique Notre-Dame-de-Fourvière, à Lyon, pour prier devant la magnifique statue de la Vierge présentant l’Enfant-Jésus au monde.

Pauline décida alors de consacrer sa vie au service exclusif des pauvres et des malades, en se rendant chaque jour dans les hôpitaux et en visitant les personnes incurables, changeant leurs pansements et leur apportant des paroles de réconfort. Cette aide aux nécessiteux s’accompagnait d’une vie de prière intense ; elle recevait chaque jour l’Eucharistie et intercédait pour la conversion des pécheurs et pour l’évangélisation du monde. La dévotion au Sacré Cœur grandit en elle et elle devint membre de l’Association des Sacrés Cœurs de Jésus et Marie. Cela l’amena à créer une nouvelle Association, qu’elle appela Réparation, à laquelle elle invitait à s’associer de nombreuses femmes de Lyon qui travaillaient presque comme des esclaves dans les usines de soie de la ville. Ses méditations devant le Tabernacle l’inspirèrent à écrire et à publier un livre intitulé L’Amour infini dans la Divine Eucharistie, qui devint source de consolation et nourriture spirituelle pour beaucoup.

En cette époque, son frère Philéas était au séminaire à Paris. Il informa Pauline que la Société des Missions Étrangères de Paris voulait envoyer des prêtres en Asie et lui demanda de trouver un moyen pour recueillir assez d’argent pour garantir le succès de l’entreprise. C’est alors que Pauline eut une idée qui allait changer l’histoire : elle décida d’inviter chaque membre de l’Association Réparation à trouver dix nouveaux membres pour prier et offrir un centime par semaine pour l’évangélisation du monde ou, comme on disait du temps de Pauline, pour la propagation de la foi. Elle plaça à la tête de chaque groupe de dix femmes une dizainière (chef des dix), et pour chaque groupe de cent une centenaire (chef des cent) et à la tête de chaque groupe de mille une millénaire (chef des mille).

L’idée était simple : prier et rassembler personnellement les fonds, en créant un réseau de rapports personnels. La chef des dix devait rencontrer les membres de son groupe et recueillir les centimes chaque semaine, la chef des cent ferait de même avec les chefs des dix et enfin la chef des mille avec les chefs des cent. Les fonds recueillis étaient ensuite divisés et envoyés dans le monde entier. L’idée connut un grand succès et la Société pour la Propagation de la Foi, qui fut alors fondée, se diffusa hors de France pour devenir un phénomène mondial. Le 22 mai 1922, le pape Pie XI, désireux de manifester sa sollicitude paternelle envers les Églises locales nées de l’activité missionnaire, décida qu’elle s’appellerait désormais l’Œuvre Pontificale de la Propagation de la Foi.

Sa réputation de femme dévote et résolue dans la foi valut à Pauline un grand respect de la part du Saint-Père, des cardinaux, des évêques et des saints de son époque, dont certains lui demandaient aide et conseil. Ainsi, le fondateur de la Société pour la Sainte-Enfance (aujourd’hui connue sous le nom d’Œuvre Pontificale pour l’Enfance Missionnaire, ou Sainte-Enfance), la consulta pour trouver la meilleure façon de recueillir des fonds pour les enfants dans les missions. Par la suite, la santé de Pauline commença à se détériorer. Elle décida alors de se rendre en pèlerinage à Rome, mais elle tomba malade. Alors qu’elle était clouée au lit dans un couvent proche de l’église de la Trinité-des-Monts, située en haut du grand escalier de la place d’Espagne, le Saint-Père lui rendit visite pour l’encourager et la bénir.

Malgré ces énormes succès spirituels et missionnaires, la vie de Pauline fut remplie de souffrances physiques, émotionnelles et spirituelles. Elle n’avait jamais songé à la vocation religieuse, convaincue d’avoir été appelée par Dieu en tant que femme laïque pour dédier son humble existence à soutenir les pauvres et les missions. De retour à Lyon, elle fit l’expérience de la misère et dut même s’inscrire sur la liste des pauvres de la ville afin de recevoir quelque chose à manger. Mais son amour pour Dieu, pour la Vierge et pour les missions ne vacilla jamais. Elle mourut en paix le 9 janvier 1862 et fut proclamée Vénérable par le Pape Jean XXIII. Sa cause de béatification est actuellement examinée par la Congrégation pour la Cause des Saints. Prions pour qu’elle soit rapidement reconnue Bienheureuse.

Pour terminer, il vaut la peine de rappeler son autre admirable initiative missionnaire de prière. En 1826, encouragée par le succès de son approche personnelle dans l’organisation de l’Œuvre Missionnaire par la création de petits groupes, Pauline utilisa le même critère pour lancer le Rosaire Vivant. Elle commença à organiser ses amis et collaborateurs en groupes de 15 personnes, selon le nombre des Mystères du chapelet. Elle demanda à chaque membre de s’engager à prier une dizaine de chapelet chaque jour et de méditer un mystère chaque jour, pendant un mois entier. De cette façon, l’ensemble du rosaire était récité chaque jour et les 15 Mystères étaient médités par chaque groupe. Au début du mois, la responsable du groupe répartissait les Mystères parmi les membres, en s’assurant que chacun avait bien reçu un Mystère différent à méditer durant la prière de la dizaine de chapelet, pour les quatre semaines suivantes. Chaque mois, toute la vie du Christ était ainsi méditée par le groupe. Par l’intercession de la Vierge Marie, on priait Dieu en faisant de la prière du rosaire une réalité « vivante » pour soutenir la Mission de l’Église, en particulier pour la proclamation de l’Évangile à ceux qui ne l’avaient pas encore reçu.

Le rêve de Pauline à propos de ce Rosaire Vivant devint vite un phénomène mondial. En 1831, elle écrivait : « Les groupes de quinze continuent à se multiplier à une vitesse incroyable en Italie, en Suisse, en Belgique, en Angleterre et dans différentes régions de l’Amérique. Le Rosaire s’est enraciné jusqu’en Inde et spécialement au Canada. » L’espérance de Pauline était que le Rosaire Vivant unisse des personnes du monde entier en une fervente prière pour la Mission de l’Église.

Cette initiative eut tellement de succès qu’après la mort de Pauline, en 1862, il existait plus de 150 000 groupes, réunissant 2 250 000 membres rien qu’en France ! Aujourd’hui, le Rosaire Vivant est encore pratiqué dans de nombreuses parties du monde et les groupes de 15 ont été élargis à 20 personnes pour y ajouter les nouveaux mystères lumineux introduits par le Pape Jean-Paul II.

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  • Dernière modification: 2019/10/20 06:28
  • par elm31rugby