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Saint François d'Assise

Le texte est tiré du guide pour le Mois Missionnaire Extraordinaire

(1182-1226)

C’est en 1206 que François Bernardone, fils d’un riche commerçant d’Assise, en Italie, entreprit le chemin d’une profonde conversion et changea radicalement sa teneur de vie. De jeune homme insouciant et vaniteux, il devint un chercheur de Dieu, sincère et passionné. Environ deux ans plus tard, dans la chère église de Sainte-Marie-des-Anges, il fut frappé en écoutant le passage évangélique de l’envoi des disciples de Jésus. Quand il entendit que les apôtres ne doivent posséder ni or, ni argent, mais uniquement prêcher le Royaume de Dieu et la pénitence, il s’exclama, rempli de joie : « C’est ce que je veux, ce que je demande, c’est ce que je désire ardemment de tout mon cœur » (Vita Prima di Tommaso da Celano, 22 : Fonti Francescane [FF], 356). L’Évangile lui indiqua la route et le poussa vers la mission.

Sa conversion mûrit quand, dans l’église de Saint-Damien, il entendit le Crucifié lui révéler la volonté divine de restaurer la maison du Seigneur qui tombait en ruines. L’image du Crucifié devint pour lui le miroir où se reflétaient les visages de tous les hommes Crucifiés. François mit littéralement en pratique les paroles de l’Évangile en se dépouillant de tout bien, même de ses vêtements. Par un geste symbolique, au beau milieu d’une place à Assise, il fut recouvert du manteau épiscopal : à partir de ce moment-là, il était sous la protection de l’évêque Guy.

Dès que le premier groupe de huit compagnons se forma, François les envoya au quatre coins du monde pour annoncer la Parole de Dieu. Il était conscient que Dieu avait confié à sa communauté une mission universelle et il cherchait à la faire reconnaître par le Souverain Pontife. Cette sensibilité évangélisatrice globale se retrouve aussi dans le dialogue entre François et le Cardinal Ugolin. Opposé à une expansion rapide et chaotique de l’Ordre, François affirma : « Ne pensez pas, Messire, que le Seigneur a envoyé les frères pour le seul bien de ces régions. Je vous dis en vérité que Dieu a choisi et envoyé les frères pour le bénéfice spirituel et le salut des âmes des hommes du monde entier ; ils seront reçus non seulement sur les terres des chrétiens, mais aussi sur celles des infidèles » (Leggenda perugina, 82 : FF, 1638).

L’annonce de l’Évangile était une conséquence naturelle de l’adhésion totale de François à Jésus-Christ. Le critère christologique était décisif pour le Poverello dans les moments de doute et de perplexité. La sequela Christi impliquait non seulement la pauvreté, l’itinérance et la fraternité, mais aussi l’engagement missionnaire. François désirait ardemment se consacrer au travail apostolique jusqu’au sacrifice de lui-même à la manière de Jésus. Ce désir ardent de parvenir à la conformité avec le Seigneur fit naître en lui l’idée d’aller porter la Bonne Nouvelle aux infidèles.

Après deux tentatives infructueuses de se rendre en Terre Sainte et au Maroc (1212-1215) et après avoir envoyé frère Egidio à Tunis et frère Élie en Palestine, François adhéra en 1219 à la croisade et arriva en Égypte. Dans le camp chrétien situé près de la ville de Damiette, dans le delta du Nil, il joua un rôle d’assistant spirituel et prit soin des soldats blessés. Au cours d’un armistice, François et frère Illuminé se rendirent dans le camp musulman et demandèrent audience au sultan Al-Malik al-Kamil. « Aux Sarrazins qui l’avaient fait prisonnier le long du trajet, il répétait : “Je suis chrétien, conduisez-moi à votre seigneur.” Quand on l’amena à lui, observant l’aspect de cet homme de Dieu, la bête cruelle se transforma en un homme doux et, pendant plusieurs jours, il l’écouta avec beaucoup d’attention, tandis qu’il prêchait le Christ devant lui et les siens » (Jacques de Vitry, Historia Occidentalis 14 : FF, 2227). Al-Malik al-Kamil, que toutes les sources s’accordent à présenter comme un homme sage et généreux, accueillit les frères avec courtoisie et bienveillance. François ne se limita pas à rendre cette cordialité, mais il professa la foi chrétienne avec simplicité, franchise et force et annonça le kérygme du salut en Jésus-Christ. Contrairement aux discours de nombreux chrétiens de l’époque, et même de certaines allocutions papales, le Pauvre d’Assise n’employa pas un langage offensif à l’égard de la foi islamique et ne blessa pas non plus la sensibilité religieuse de son interlocuteur. L’objectif de sa mission demeura toutefois bien défini : convertir le sultan et - selon la ligne des missionnaires médiévaux - convertir à sa suite le peuple de ses sujets. Certaines sources rapportent que, sa fervente prédication ne portant pas les résultats espérés, François eut recours à un autre argument et proposa l’ordalie - l’épreuve du feu - comme ultime vérification de ses paroles. Face à la panique et à la colère de ses conseillers, le sultan n’accepta pas ce défi, mais il demeura profondément impressionné par la foi et par le courage du frère. Sa présence et ses discours spirituels révélaient un autre visage de la Chrétienté et mettaient en lumière une vive et profonde expérience de Dieu. Le voyage de François en Orient apparut donc infructueux : le frère ne convertit pas le sultan, ni n’obtint la palme du martyre. Toutefois le Poverello se fit un ami et confia à son Ordre la tâche de poursuivre la mission et le dialogue pacifique avec le monde islamique. L’expérience qu’il avait vécue lui permit, après être rentré dans sa patrie, d’élaborer un projet missionnaire pour son Ordre, en accordant une attention particulière aux frères musulmans. L’absence de François en Italie fit éclater une crise dans le gouvernement de la communauté des frères : l’Ordre naissant au caractère international avait un urgent besoin d’un règlement juridique précis et efficace. François est le premier fondateur d’un Ordre religieux à insérer dans sa législation une section entière consacrée aux missions. Le chapitre XVI de la Regola non bollata, composée en 1221, est un véritable « traité de méthodologie missionnaire » et, avec le chapitre XII de la Regola bollata, approuvée en 1223 par le Pape Honorius III, il trace un programme valable pour tous les frères. Pour la première fois, l’annonce de l’Évangile n’est pas seulement la responsabilité de certains personnages charismatiques, mais l’ensemble de l’Ordre franciscain est encouragé à suivre des lignes d’action concrètes pour accomplir la mission.

La nouveauté du dessein missionnaire conçu par François se manifeste dans le titre du chapitre XVI de la Regola non bollata : « De ceux qui vont parmi les Sarrazins et les infidèles ». De fait, alors qu’à cette époque les croisés partaient se battre « contre » (contra) les musulmans, le Poverello envoie ses frères non seulement « à » (ad) eux, mais « parmi » (inter), au milieu d’eux. La création d’une colonie occidentale est totalement étrangère à l’esprit franciscain. Les présupposés en vue d’une activité missionnaire efficace sont la solidarité et l’amitié avec les populations locales et la connaissance du milieu islamique. Par la suite, François présenta deux façons de se comporter des missionnaires sur le territoire musulman : « L’une est qu’ils n’aient pas de litiges ou de disputes, mais soient soumis à cause du Seigneur à toute institution humaine et confessent d’être chrétiens. L’autre est que, lorsqu’ils voient que cela plaît au Seigneur, ils annoncent la Parole de Dieu pour qu’ils croient au Dieu Tout-Puissant, Père et Fils et Saint Esprit, Créateur de toutes choses, et dans le Fils Rédempteur et Sauveur, et soient baptisés et deviennent chrétiens » (Regola non bollata, chapitre XVI, 7-10 : FF, 43). Dans ce passage, nous voyons une stratégie missionnaire nouvelle et originale. En premier lieu, le témoignage d’une vie animée par l’amour de Dieu. La seule présence doit être significative et éloquente. L’exemple de la fraternité est la méthode la plus efficace et crédible de l’évangélisation. Les frères doivent donc renoncer à toute prétention de supériorité et de domination, respecter les coutumes locales et s’insérer, comme chrétiens, dans le contexte local. Par la pratique des vertus chrétiennes, les témoins silencieux de l’Évangile sont tenus de confesser leur foi avec courage et humilité. Le second élément est l’annonce explicite de la Parole de Dieu, qui ne pourra advenir qu’après une évaluation attentive des circonstances et après avoir patiemment attendu le moment opportun. Le missionnaire ne peut pas s’approprier la Parole, il ne peut pas être l’usurpateur impulsif de la Bonne Nouvelle, mais il doit s’immerger dans l’écoute de Dieu et percevoir sa volonté. François ne perd pas de vue l’objectif principal de la mission, à savoir la conversion des infidèles. L’adhésion à la foi doit être un choix personnel et non précipité. Bien plus, elle doit être considérée comme le résultat efficace du témoignage et de l’annonce des frères.

Le voyage missionnaire du Poverello en Orient a laissé des traces dans sa spiritualité et l’a poussé à assimiler certaines formes de piété et de prière qu’il trouva dans le milieu islamique, comme cela ressort de certaines de ses lettres. Dans sa Lettre aux chefs des peuples (Lcp), François suggère de créer dans les pays chrétiens la charge d’animateur public qui - à la manière d’un muezzin - pourrait réunir les gens pour la prière : « À l’intention du peuple qui vous est confié, rendez au Seigneur ce témoignage de vénération : chaque soir faites proclamer par un crieur public, ou avertissez par quelque autre signal que tout le peuple ait à rendre louange et grâces au Seigneur Dieu tout-puissant » (Lcp 9 : FF, 213). On retrouve un écho lointain de cette proposition de François dans l’initiative du frère Benoît d’Arezzo, ancien ministre provincial en Terre Sainte, à qui l’on doit de faire sonner la cloche durant la récitation de l’Angélus, une pratique qui se propagea ensuite dans toute la chrétienté. L’idée de la mission est présente dans la vie de François, dès le début de sa conversion. Elle découle du désir de vivre l’Évangile et de suivre les pas du Divin Maître. L’invention de la crèche pour le Noël de l’année 1223, à Greccio, et le don des stigmates, manifestent sa profonde identification spirituelle et corporelle avec Jésus-Christ, source et raison de sa foi et de sa mission. Malade et affaibli par une vie de privations, François s’éteignit à Assise, au soir du 3 octobre 1226.

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  • Dernière modification: 2019/10/20 06:30
  • par elm31rugby