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Saint François Xavier

Le texte est extrait du Guide pour le Mois Missionnaire Extraordinaire (1506-1552)

saint François XavierFrançois-Xavier est connu pour être le plus grand saint missionnaire de l’époque moderne, à tel point que Benoît XV, dans sa lettre apostolique Maximum Illud (1919), l’a même comparé aux apôtres.

François-Xavier est né le 7 avril 1506 au château de Xavier, dans la pro­vince de Navarre (Espagne). Il mourut sur l’île de Sancian, au large de la Chine. Il fut l’un des premiers compagnons de saint Ignace de Loyola ; ils furent d’ailleurs canonisés ensemble, en 1622, en même temps que Thérèse d’Avila et Philippe Néri, par le Pape Grégoire XV, l’année même où ce Pape fonda la Sacra Congregatio de Propaganda Fide. Saint François-Xavier fut ensuite déclaré « Patron de l’Orient » par le pape Benoît XIV en 1748, puis Patron de la propagation de la foi par Pie X en 1904. Enfin, en 1927, il fut proclamé Patron de toutes les missions par le pape Pie XI, au même titre que sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus » (San Francesco Saverio. Le lettere e altri documenti, éd. A. Carboni, Città Nuova, Rome, 1991, 35). Il est donc l’un des représentant les plus significatifs de cette Église tridentine qualifiée d’« Église pour les âmes ».

La vie et l’œuvre de François-Xavier prennent place, en effet, dans cette période caractérisée par la réforme de l’Église, par la lutte contre le pro­testantisme et par la mission ad gentes, inaugurée dans le sillage des grands voyages d’exploration des XVème et XVIème siècles et par la nouvelle compré­hension géographique du monde qui en découlait, printemps missionnaire de l’ère moderne. Dans cet horizon, François-Xavier accomplit une telle œuvre d’évangélisation qui mérita le tire d’« apôtre des Indes et du Japon », un titre que l’on ne peut comprendre correctement qu’à la lumière des conditions de vie de l’époque et des conditions inhérentes aux voyages, aux distances et aux temps des déplacements (de 1541 à 1552, François-Xavier parcourut 63 000 km par mer).

La vie de François-Xavier se déroula en deux parties : une partie euro­péenne, de 1506 à 1541, marquée par sa rencontre à Paris avec Ignace de Loyola qui, en répétant constamment cette phrase de Jésus : « Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? » (Mt 16, 26) conquit François-Xavier qui devint l’un des premiers compagnons d’une aventure qui allait déboucher sur la Com­pagnie de Jésus. Puis une partie asiatique, de 1541 à 1552, caractérisée par l’apostolat ad gentes qui le conduisit en Inde (1541-1545), aux Îles Moluques (1545-1549) et au Japon (1549-1552), jusqu’à sa mort à Sancian. Grâce à François-Xavier, le « spectacle de la sainteté » rejoignit des contrées et des peuples jusqu’alors inconnus de l’Église et qui pouvaient désormais écouter l’annonce de l’Évangile et accueillirent le salut universel dans la foi en Jésus-Christ ressuscité. Sa relation avec Ignace et l’expérience d’amitié dans le Christ entre les premiers membres de la Compagnie de Jésus sont deux éléments origi­nels et permanents de la physionomie spirituelle de saint François-Xavier. La centralité constante de la personne de Jésus-Christ a été présente dès l’origine de la Compagnie de Jésus, ainsi appelée car personne d’autre ne dirigeait ses membres, sinon Jésus-Christ qu’ils voulaient servir et lui seul. C’est de là que découlait l’appartenance au Corps du Christ dans l’histoire car, même si l’Église était guidée par le Pape en tant que Successeur de Pierre, c’est dans le contexte de cette appartenance que la Compagnie de Jésus s’était constituée en un lieu de familiarité et d’amitié avec le Christ Ressuscité, vivant et présent parmi ceux qui en étaient devenus les amis et les compagnons.

La spiritualité et l’action missionnaires de François-Xavier reposaient fondamentalement sur cette conviction exprimée par saint Paul : « En effet, l’amour du Christ nous saisit quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous, et qu’ainsi tous ont passé par la mort. Car le Christ est mort pour tous, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux. Désormais nous ne regardons plus personne d’une manière simplement humaine : si nous avons connu le Christ de cette manière, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né » (2 Co 5, 14-16).

Cette conviction se conjuguait dans le contexte concret dans lequel François-Xavier vivait et effectuait son apostolat. Ses lettres font ressortir d’importantes indications, comme celle qu’il écrivit à Ignace le 28 oc­tobre 1542 ou celle qu’il adressa aux compagnons de Rome, le 15 janvier 1544, et dont nous rapportons ici quelques passages : « Quand j’arrivais dans ces lieux, je baptisais tous les enfants qui n’avaient pas encore reçu le sacrement, si bien que j’ai donné le baptême à un nombre incalculable d’enfants qui étaient incapables de faire la différence entre la gauche et la droite. Lorsque j’arrivais dans un village, les enfants ne me laissaient même pas le temps de réciter l’office, de manger ou de dormir, tant que je ne leur avais pas appris quelques prières. Alors j’ai commencé à comprendre pourquoi le Royaume des cieux est à eux […] J’ai découvert parmi eux de grands talents et si j’avais pu les instruire dans la sainte foi, je suis sûr qu’ils qu’ils seraient tout devenus de bons chrétiens » (San Francesco Saverio. Le lettere e altri documenti, op. cit., 102-103).

« Dans ces lieux, beaucoup ne purent devenir chrétiens par manque d’une âme missionnaire qui aurait pu les instruire dans les choses pieuses et saintes. Très souvent je suis pris d’un irrésistible désir de venir dans les chaires de vos Universités et d’y crier à tue-tête - surtout celle de la Sorbonne à Paris, où la science théologique semble avoir plus d’impor­tance que sa mise en pratique - : “Combien d’âmes ne peuvent aller en Paradis et se condamnent à l’enfer, à cause de votre négligence !” » (ibid., 110-111).

De ces textes, il apparaît clairement que la spiritualité de François-Xavier était en constant rapport avec son apostolat, en vue du salut des âmes : celle d’un apostolat itinérant, d’une prédication kérygmatique, d’une ins­truction catéchétique basique, d’une connaissance de la réalité locale et du partage des conditions des gens, surtout des plus pauvres. Son apostolat se caractérisait également par « une manière affable, compréhensive et respectueuse envers tous, certainement l’un de ses dons les plus beaux et attrayants, qui servait à cacher, sous un voile de discrétion et de la meil­leure des façons, cette vie spirituelle très intense et cette union intime avec Dieu qui brûlaient dans son cœur » (ibid., 38).

À ces éléments s’ajoutait l’expérience du sacrifice et de l’épreuve, comme le saint l’écrivait à Ignace, le 9 avril 1552, en vertu de ce qu’il avait vécu au Japon. « Fort de mon expérience au Japon, je recommanderais deux choses aux Pères qui viendront sous ces cieux pour s’occuper du soin des âmes, et surtout à ceux qui iront prêcher dans les Universités : la pre­mière est que ces Pères aient été fortement mis à l’épreuve, qu’ils aient été persécutés dans le monde et aient acquis une profonde connaissance d’eux-mêmes, car au Japon ils seront persécutés bien plus qu’ils ne l’ont jamais été en Europe. Ici, c’est une terre froide, avec peu de vêtements ; on ne dort pas dans un lit, car il n’y en a pas ; un pays pauvre où manque la nourriture ; les étrangers sont méprisés, surtout ceux qui viennent prêcher la loi de Dieu. Au Japon, les prêtres seront toujours persécutés. Et que dire à ceux qui iront prêcher dans les Universités : qu’ils ne s’imaginent pas qu’ils pourront garder longtemps ce dont ils ont besoin pour célébrer la messe, tant il y aura de voleurs là où ils iront. Parmi les peines et les tribulations, il manque la consolation de la messe et des forces spirituelles accordées à ceux qui reçoivent le Seigneur. Voyez, Votre sainte Charité, de quel type de vertu doivent être muni les Pères qui seront envoyés pour prêcher dans les Universités de ce pays » (ibid., 422).

Les peines, les renoncements et les épreuves étaient toutefois vécus dans la confiance, dans la paix et dans la joie, sûr que ces grâces lui venaient de Dieu, comme il en témoigne dans ses écrits. Le saint était aidé par le témoignage d’une authentique et fidèle amitié exprimée par les lettres tant attendues d’Ignace et de ses amis. L’amour du Christ, qui s’était manifesté à lui à Paris, lors de sa rencontre avec Ignace, accompagnait François-Xavier et s’exprimait par toute sa personne et sa vie, consacrée à l’annonce de l’Évangile et au salut des hommes et des femmes qu’il rencontra dans cet Extrême-Orient de la première moitié du XVIème siècle.

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  • Dernière modification: 2019/10/21 15:53
  • par elm31rugby