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Saint Boniface : le Christ au delà du Rhin

Saint Boniface

C’est un Anglais qui fut choisi pour acheminer vers la foi chrétienne les païens Allemands, un Anglais, ou plutôt un Anglo-Saxon, comme on disait de ceux qui étaient devenus les maîtres de l’Angleterre avant la conquête des Normands. L’Église révère cet apôtre sous le nom de saint Boniface ; son nom primitif était Winfrid. L’Angleterre est peut-être le pays où le christianisme se propagea avec le plus de rapidité. Moins d’un siècle après que saint Augustin de Cantorbéry eut débarqué avec ses compagnons pour évangéliser ces païens barbares, l’Angleterre méritait qu’on l’appelât l’île des Saints, tant il y avait déjà de monastères tout le long des côtes, tant ces nouveaux convertis avaient soif de s’instruire en choses religieuses, de cultiver la poésie d’Église et d’apprendre le latin, cette langue des liturgies. Et ils avaient un plus grand désir encore, c’était d’aller au loin faire partager à d’autres peuples tous ces trésors de la foi que Rome leur avait apportés.

C’est vers 680 que Winfrid naquit dans le Devonshire, d’une famille chrétienne et noble. Il n’y avait pas encore beaucoup d’églises sur ce sol que couvraient de nombreuses forêts ; de loin en loin, des missionnaires venaient prêcher l’Évangile et administrer les sacrements ; ils réunissaient les fidèles, chaque jour, au pied des grandes croix que les seigneurs élevaient dans leurs domaines, et là, tous ensemble priaient. Enfant, Winfrid se faisait remarquer par son ardente piété ; comme sa famille donnait l’hospitalité aux moines qui passaient, Winfrid se tenait près d’eux, ne perdant pas une parole de ce qu’ils racontaient de leurs courses apostoliques, et sans relâche il les questionnait sur les vérités religieuses. Dès l’âge de quatre ou cinq ans, il supplia son père de lui permettre de s’en aller dans un monastère. Mais le père, qui voulait laisser son domaine à son enfant, ne consentait pas et traitait le désir du petit garçon d’enfantillage. Winfrid, que Dieu avait choisi, comme dans l’Ancien Testament le petit Samuel, continuait d’affirmer sa vocation. Son père, après avoir essayé de la douceur pour le détourner de son projet, le menaça, le punit. Rien n’y fit ; et, après une grave maladie qui faillit emporter Winfrid, le père, comprenant enfin que Dieu voulait son fils, céda et lui permit d’entrer au monastère d’Exeter. Winfrid avait alors sept ans, mais était si pieux, si avancé pour son âge en tout ce qui touchait à la religion, que l’abbé du monastère voulut bien recevoir cet enfant prédestiné. Jamais on n’avait vu un plus jeune écolier dans les choses divines ; jamais on n’avait vu, non plus, un écolier si zélé à remplir tous ses devoirs,  —  ses devoirs, qui le rapprochaient de Dieu.

Après quelques années passées à Exeter, il entra au monastère de Nursling, en vue de poursuivre ses études, qui le passionnaient. D’écolier, il devint professeur, et tous ses élèves l’admiraient pour sa science et l’aimaient pour sa bonté. À l’âge de trente ans, il fut ordonné prêtre. Peu de temps après, le monastère le délégua au concile qui se réunissait au Wessex auprès de l’archevêque de Cantorbéry. Le rôle qu’il joua dans cette assemblée le rendit célèbre, et la façon dont il avait parlé enchanta non seulement tous les évêques, mais encore le roi Ina. Winfrid pressentit à cette époque qu’on lui offrirait d’être évêque à son tour ; mais il se sentait appelé à une tout autre vie, il voulait être missionnaire. Il voulait porter la parole de Dieu chez ceux qui ne la connaissaient pas encore, ou qui l’avaient déjà oubliée, l’ayant reçue depuis peu. Et puis, les honneurs, l’ambition, rien n’était plus loin de son cœur. Malgré les instances de l’abbé et de ses frères, il partit.

Il se dirigeait vers la Germanie, ce berceau de ses aïeux ; il choisissait, comme terre à évangéliser, la Frise, restée jusqu’à présent aussi rebelle au christianisme qu’à la civilisation. Les Frisons étaient des barbares farouches, que Rome ni les Francs n’avaient pu dompter. Willibrord, leur premier apôtre, avait été forcé lui-même de fuir, et toute son œuvre était à recommencer. Winfrid se rendit compte, au bout de quelques mois, que le moment n’était pas encore venu pour amener au Christ ces populations qui lui étaient hostiles. Il rentra en Angleterre, regagna son couvent, mais c’était pour mieux se préparer à son apostolat ; et il résolut d’aller à Rome, pour se faire confirmer dans sa mission par le pape, alors Grégoire II.

Les voyages, en ce temps-là, étaient vraiment des voyages ; et les pèlerinages, vraiment des pèlerinages. Winfrid partit avec un groupe de pèlerins qui se rendaient près du tombeau de saint Pierre. On allait à pied, avec arrêt à chaque sanctuaire célèbre ; et ce n’était pas sans dangers, car on pouvait toujours craindre la rencontre d’une bande de brigands. Le pape le reçut avec bonté, l’écouta et le garda près d’un an auprès de lui. Grégoire II put ainsi se rendre compte de la valeur de Winfrid, et c’est lui qui changea son nom en celui de Boniface, pour montrer à quel point ce prêtre était devenu le fils du vicaire du Christ. Puis il le munit d’une lettre où il le reconnaissait comme missionnaire de l’Église de Jésus-Christ.

Chers frères et sœurs, nous nous arrêtons aujourd'hui sur un grand missionnaire du VIIIème siècle, qui a diffusé le catéchisme en Europe centrale, et dans ma patrie également : saint Boniface, passé à l'histoire comme l'« apôtre des Germains ». Nous possédons beaucoup d'informations sur sa vie grâce à la diligence de ses biographes : il naquit dans une famille anglo saxonne dans le Wessex autour de 675 et fut baptisé avec le nom de Winfrid. Il entra très jeune au monastère, attiré par l'idéal monastique. Possédant de remarquables capacités intellectuelles, il semblait destiné à une carrière tranquille et brillante d'érudit : il devint enseignant de grammaire latine, écrivit plusieurs traités, composa plusieurs poésies en latin. Ordonné prêtre à l'âge de trente ans environ, il se sentit appelé par l'apostolat auprès des païens du continent. La Grande-Bretagne, sa terre, évangélisée à peine cent ans plus tôt par les Bénédictins guidés par saint Augustin, faisait preuve d'une foi si solide et d'une charité si ardente qu'elle envoya des missionnaires en Europe centrale pour y annoncer l'Évangile. En 716, Winfrid, avec quelques compagnons, se rendit en Frise (aujourd'hui la Hollande), mais il buta sur l'opposition du chef local et la tentative d'évangélisation échoua. Rentré dans sa patrie, il ne perdit pas courage, et deux ans plus tard, il se rendit à Rome pour s'entretenir avec le Pape Grégoire II et en recevoir des directives. Le Pape, selon le récit d'un biographe, l'accueillit « avec le visage souriant et le regard empli de douceur », et dans les jours qui suivirent, il tint avec lui « des conversations importantes1 » et enfin, après lui avoir imposé le nouveau nom de Boniface, il lui confia avec des lettres officielles la mission de prêcher l'Évangile parmi les peuples de Germanie. Conforté et soutenu par l'appui du Pape, Boniface se consacra à la prédication de l'Évangile dans ces régions, en luttant contre les cultes païens et en renforçant les bases de la moralité humaine et chrétienne. Avec un grand sens du devoir, il écrivait dans une de ses lettres : « Nous sommes fermes dans la lutte dans le jour du Seigneur, car des jours d'affliction et de malheur sont venus… Nous ne sommes pas des chiens muets, ni des observateurs taciturnes, ni des mercenaires qui fuient devant les loups ! Nous sommes en revanche des pasteurs diligents qui veillent sur le troupeau du Christ, qui annoncent aux personnes importantes et aux personnes communes, aux riches et aux pauvres la volonté de Dieu… à temps et à contretemps… ». Avec son activité inlassable, ses dons d'organisation, son caractère souple et aimable bien que ferme, Boniface obtint de grands résultats. Le Pape « déclara qu'il voulait lui imposer la dignité épiscopale, pour qu'ainsi il puisse, avec une plus grande détermination, corriger et ramener sur la voie de la vérité les errants, qu'il se sente soutenu par la plus grande autorité de la dignité apostolique et fût d'autant mieux accepté de tous dans la charge de la prédication qu'il apparaissait que pour cette raison il avait été ordonné par le prélat apostolique ».

Ce fut le Souverain Pontife lui-même qui consacra « évêque régional » — c'est-à-dire pour toute la Germanie — Boniface, qui reprit ensuite son œuvre apostolique dans les territoires qui lui avaient été confiés et qu'il étendit son action également à l'Église de Gaule : avec une grande prudence, il rétablit la discipline ecclésiastique, réunit plusieurs synodes pour garantir l'autorité des canons sacrés, renforça la communion nécessaire avec le Pontife Romain : un point qui lui tenait particulièrement à cœur. Les successeurs du Pape Grégoire II le tinrent également en très haute estime : Grégoire III le nomma archevêque de toutes les tribus germaniques, lui envoya le pallium et lui donna faculté d'organiser la hiérarchie ecclésiastique dans ces régions ; le Pape Zacharie confirma sa charge et loua son engagement ; le Pape Stéphane III, tout juste élu, reçut de lui une lettre, par laquelle il lui exprimait son respect filial.

(…)

Je suis toujours impressionné par son zèle ardent pour l'Évangile : à quarante ans, il quitte une vie monastique belle et féconde, une vie de moine et de professeur pour annoncer l'Évangile aux simples, aux barbares ; à quatre-vingt ans, une fois de plus, il se rend dans une région où il pressent son martyre. En comparant sa foi ardente, ce zèle pour l'Évangile à notre foi parfois si tiède et bureaucratisée, nous voyons ce que nous devons faire pour renouveler notre foi, pour donner en don à notre époque la perle précieuse de l'Évangile.

A la conquête du Monde PaïenLes  grands écrivains de l’Église d’Orient et d’Occident de l’époque médiévale
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  • Dernière modification: 2019/11/06 08:55
  • par elm31rugby