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Jeanne Bigard

Le texte est tiré du guide pour le Mois Missionnaire Extraordinaire

(1859-1934)

Jeanne BigardJeanne Bigard est née le 2 décembre 1859, à Coutances, petite ville de la Basse-Normandie, en France. Sa mère, Stéphanie Cottin, était une femme au caractère fort et à l’amour possessif. Une telle symbiose de sentiments et d’idéaux se développa entre la mère et la fille qu’elles les rendaient nécessaires l’une à l’autre.

La période scolaire de Jeanne, d’une santé chétive, se déroula entre les murs de la maison de Caen, ville où son père, magistrat, s’était installé pour des raisons professionnelles. L’instruction qui lui fut impartie, à la maison, était certes supérieure à celle que reçurent les fillettes de son âge, étant donné le niveau culturel de la famille Bigard, mais elle ne lui permit pas de goûter à la liberté, à l’insouciance du jeu, à la chaleur de l’amitié.

L’adolescence de Jeanne coïncida avec le développement du réseau de coopération missionnaire des temps modernes, qui s’enracina dans la France pré-napoléonienne. L’Institut des Missions Étrangères de Paris de­vint le creuset du réveil missionnaire et le point de départ de nombreuses associations missionnaires qui, par la prière et par les aides spontanées, se proposaient de soutenir les missionnaires envoyés en Extrême-Orient et en Amérique du Nord.

À l’initiative de diverses personnes, en particulier de Pauline Jaricot (1799-1862), l’Œuvre de la Propagation de la Foi était née à Lyon. Dans les trente premières années, cette œuvre parvint à s’étendre dans plusieurs États européens, y compris en Italie, suscitant un intérêt populaire pour les missions, grâce à des publications à caractère principalement édifiant, comme les Annales de la Propagation de la Foi, qui permettaient de divul­guer les expériences aventureuses et bénéfiques des missionnaires, mais aussi les divers problèmes du monde indigène.

Ces lectures firent connaître à Stéphanie et Jeanne Bigard, déjà en lien étroit avec les Missions Étrangères de Paris, plusieurs prêtres missionnaires œuvrant en Extrême-Orient, dont elles devinrent, par la suite, des confi­dentes et des bienfaitrices. Au moment où se multipliaient les forces mis­sionnaires, l’urgence d’instaurer une hiérarchie locale, libre de toute pression politique et pouvant développer une pastorale autonome, se faisait sentir en Europe. Grâce à leurs contacts désormais habituels avec les missionnaires, les deux femmes comprirent bien le problème et commencèrent à élaborer une réponse adéquate. La Société des Missions Étrangères de Paris, qu’elles fré­quentaient assidûment, avait depuis longtemps inséré dans son programme la constitution immédiate de l’Église indigène avec une hiérarchie composée d’éléments locaux. Or, la mise en pratique de ce programme n’était pas facile. La Congrégation romaine de Propaganda Fide recommença à affronter avec insistance le problème du clergé indigène, en se référant à la célèbre Instruction de 1659, (3) par laquelle on enjoignait aux missionnaires d’accorder la plus grande sollicitude à la formation du clergé local. L’Instruction de 1845 (4) invitait les vicaires apostoliques directement liés à Propaganda Fide à transmettre aux prêtres indigènes la responsabilité des missions et à ne pas craindre de leur subordonner les missionnaires européens. Les persécutions, avec l’éventualité d’expulsion en masse des missionnaires étrangers, conseil­laient, avec une certaine urgence, de créer un clergé indigène. Pour pouvoir garantir la croissance des Églises locales dans les territoires de mission, le problème central à résoudre demeura, pendant de nombreuses années, la formation du clergé indigène. C’est sur cela que se concentrèrent Jeanne et Stéphanie Bigard.

Le point de départ fut une lettre que leur adressa l’évêque de Nagasaki, Mgr Jules-Alphonse Cousin, des Missions Étrangères de Paris. Préoccupé de devoir renvoyer dans leurs familles (uniquement par manque d’argent) « certains jeunes qui auraient pu être des excellents séminaristes et, plus tard, de bons prêtres (5) », il leur demanda d’aider son séminaire et de s’en faire les bienfaitrices. Il suggéra l’« adoption d’un séminariste qui tous les jours, plus tard, apportera sur le saint autel le souvenir de ses parents adoptifs, durant leur vie comme après leur mort (6) ». Pour Jeanne et Stéphanie, cette lettre retentit comme un appel. Le clergé indigène allait devenir sans réserve la vocation de leur vie. Elles se mirent tout de suite à recueillir des fonds pour les séminaristes de Nagasaki et, en même temps, des informations des évêques et des vicaires apostoliques des Missions Étrangères de Paris sur l’état du clergé indigène dans leurs pays.

La voie entreprise allait résoudre le problème central de la Mission en assurant la présence du clergé local. La fondation de l’Œuvre de Saint-Pierre-Apôtre passa par plusieurs phases : dans un premier temps, pour satisfaire les requêtes de Mgr Cousin et d’autres missionnaires, on accorda des bourses d’étude pour les séminaristes et on confectionna des ornements sacrés pour les missions. Jeanne comprenait que son Œuvre devait se tourner vers les missions de l’univers, (7) car l’ensemble du monde missionnaire avait besoin de prêtres.

Dans cette perspective, l’œuvre voulait s’ouvrir aux personnes qui, dans le monde entier, contribuaient ou auraient contribué, selon leurs possibilités et leur disponibilité, à soutenir :

1. la création de bourses perpétuelles,

2. l’adoption d’un séminariste,

3. la prière, les offrandes, le travail.

Mais, pour garantir un bon départ, deux conditions étaient indispen­sables : la grâce de Dieu et la bénédiction du Pape. C’est Léon XIII qui en fournira l’occasion par son Encyclique Ad Extremas Orientis, (8) dans laquelle il soutenait l’urgence de la formation des prêtres indigènes.

Les missionnaires qui ignoraient la langue et les coutumes du lieu étaient considérés comme des étrangers, tandis que les prêtres indigènes verraient leur ministère facilité. Il faut également tenir compte du fait que, bientôt, le nombre des missionnaires étrangers ne suffirait plus à répondre à l’aug­mentation des conversions.

L’Œuvre de Saint-Pierre-Apôtre comptait déjà mille associés à son actif et une longue liste de bourses d’étude, pour une valeur de cent mille francs, en faveur des séminaristes asiatiques et africains. On pouvait donc s’attendre à un signal d’approbation de Rome. La bénédiction du Pape arriva en 1895, quand l’épiscopat français accorda lui aussi le nulla osta à l’Œuvre de Saint-Pierre-Apôtre pour le Clergé indigène des Missions, qui entra ainsi à part entière dans l’Église universelle. La Propaganda Fide apporta tout son soutien à l’Œuvre par le biais de ses Préfets, les cardinaux Ledochowski et Jacobini. Dans une lettre, ce dernier anticipa même son insertion dans les Œuvres Pontificales Missionnaires, survenue le 3 mai 1922, selon la volonté de Pie XI.

La solitude et l’abandon dont de nombreux fondateurs et fondatrices font l’expérience frappèrent aussi Jeanne. Au chevet de sa mère Stéphanie, mourante (5 janvier 1903), il n’y avait qu’elle, Jeanne Bigard, qui offrit à Dieu sa souffrance et l’amour de ceux qui l’avaient aidée et suivie. Elle avait peur de l’obscurité spirituelle et priait Jésus d’être son compagnon de voyage « jusqu’au jour où je me perdrai dans votre amour (9) ». Elle se préoccupait pour la continuité de l’Œuvre qu’elle confia, à la fin, à la Congrégation religieuse des Franciscaines Missionnaires de Marie. (10)

La longue maladie qui la conduira à la mort, le 28 avril 1934, révèle la logique mystérieuse des œuvres de Dieu, qui souvent offre l’abondance de ses dons en réponse à des personnes qui savent donner entièrement leur vie jusqu’à la croix.

L’ Œuvre de Saint-Pierre-Apôtre faisait désormais pleinement partie de la vie de l’Église. Pour la première fois, elle apparut dans un document du Ma­gistère solennel, la Lettre apostolique Maximum Illud du Pape Benoît XV, comme l’Œuvre compétente en matière de séminaires et de hiérarchie locale. Le 3 mai 1922, Pie XI la déclara « Œuvre Pontificale ». Ce même Pape consacra les premiers évêques de Chine, du Japon et du Vietnam, auxquels firent suite les premiers vicaires apostoliques d’Afrique, consacrés en 1939, par Pie XII.

Notes

(3) Congrégation De Propaganda Fide, Istruzione 1659, Collectanea 1 (1622-1866), nos 135, 42-43.

(4) Congrégation De Propaganda Fide, Istruzione 1845, Collectanea 1 (1622-1866), nos 1002, 541-545.

(5) P. Lesourd - A. Olichon, Jeanne Bigard. Fondatrice della Pontificia Opera di S. Pietro Apostolo per il Clero Indigeno (trad. et réélaboration par P.F. Casadei), Ed. PP.OO.MM., Rome 1979 (abr. JB) 32.

(6) JB 32.

(7) JB 38.

(8) Léon XIII, Enc. Ad Extremas Orientis (24/6/1893), Acta Leonis XIII, 13 (1894), 190-197.

(9) JB 88.

(10) L’Institut des Franciscaines Missionnaires de Marie fut fondé par Hélène de Chappotin de Neuville (1839­1904) qui, comme religieuse, prit le nom de Marie de la Passion. Approuvé le 17 juillet 1890, cet Institut, en raison de son caractère essentiellement missionnaire, obtint l’approbation de ses Constitutions par la Congrégation de Propaganda Fide, le 8 juillet 1922.

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  • Dernière modification: 2019/10/22 04:25
  • par elm31rugby