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Bienheureux Paolo Manna

Le texte est tiré du guide pour le Mois Missionnaire Extraordinaire

(1872-1952)

Chez le Père Paolo Manna, nous apercevons également un reflet particulier de la gloire de Dieu. Il consacra toute son existence à la cause missionnaire. Dans toutes les pages de ses écrits apparaît la personne vivante de Jésus, centre de la vie et raison d’être de la mission. »

C’est par ces mots que saint Jean-Paul II retrace et synthétise, dans l’Homélie pour la béatification du Père Manna, le 4 novembre 2001, la physionomie spirituelle de ce grand apôtre de l’évangélisation ad gentes, considéré par les experts comme un précurseur du Concile Vatican II.

Paolo Antonio Manna est né à Avellino, dans la région italienne de la Campanie, le 16 janvier 1872, cinquième d’une famille de six enfants. Après avoir fait ses études élémentaires et techniques à Avellino et à Naples, il alla suivre les cours de philosophie à l’Université Grégorienne de Rome. C’est là qu’il entendit l’appel du Seigneur à la vie missionnaire et entra dès lors au séminaire de l’Institut Pontifical pour les Missions Étrangères de Milan, pour y étudier la théologie. Il fut ordonné prêtre le 19 mai 1894, dans la cathédrale de Milan.

Destiné par ses supérieurs à la Birmanie (actuel Myanmar), il partit le 27 septembre 1895 pour la mission de Toungoo. Bien que conditionné par une santé fragile, il se prodigua avec un dévouement inlassable à l’évangélisation et à la promotion humaine de l’ethnie des Karens (en particulier des Ghekhus, sur lesquels il écrivit plus tard une monographie très appréciée). Les efforts requis par les voyages, les fièvres provoquées par la malaria et un début de tuberculose le contraignirent à un rapatriement définitif, le 7 juillet 1907.

En Italie, le père Paolo se jeta à corps perdu dans une intense activité d’animation missionnaire très diversifiée, mettant à profit ses dons de fin observateur de la réalité ecclésiale dans son ensemble, de conférencier et d’écrivain cultivé. Sa devise devint : « Toute l’Église pour le monde entier. » « Ame de feu », il transmit dans ses livres son ardente vision de foi concernant les problèmes multiples et complexes de la mission ad gentes. Il développa, à ce propos, une analyse audacieuse et pénétrante, avec des intuitions souvent qualifiées de « prophétiques » par les experts.

En 1909, il fut nommé directeur de la revue Le Missioni Cattoliche qui reçut une nouvelle impulsion sous sa direction experte et dynamique. Il publia plusieurs livres et opuscules, écrivit des articles sur les thématiques missionnaires qui lui tenaient le plus à cœur. Il lança diverses initiatives de coopération missionnaire : adoptions, bourses d’études, feuillets de prière pour les missions… Il fonda plusieurs revues, comme Propaganda Missionaria pour les familles, Italia Missionaria pour les jeunes et, plus tard, Venga il tuo Regno, principalement pour les familles de l’Italie méridionale.

En 1915, le père Manna accomplit les premiers pas vers la fondation de l’Union Missionnaire du Clergé (devenue l’Union Pontificale Missionnaire, UPM) : « le joyau de sa vie », comme la qualifiera Pie XII. Un soutien décisif pour réaliser ce projet lui vint de Mgr Guido Maria Conforti, évêque de Parme, canonisé en 2011, et fondateur des Missionnaires Xavériens. Les statuts de l’Union, présentés au pape par Mgr Conforti en personne, furent approuvés le 31 octobre 1916. Dans sa Lettre apostolique Maximum Illud, de 1919, Benoît XV exalta l’Union Missionnaire du Clergé, exprimant le souhait qu’elle fût « instituée dans tous les diocèses du monde catholique ».

L’idée de base du père Manna, pleinement partagée par Mgr Conforti, était qu’il fallait partir du clergé pour mettre l’ensemble du peuple de Dieu en état de mission. Le père Paolo était convaincu que « chaque prêtre, par nature, par définition, est un missionnaire », mais qu’il a constamment besoin de raviver en son cœur la flamme du zèle apostolique. « Le missionnaire est par excellence l’homme de foi : il naît dans la foi, il vit de la foi, c’est pourquoi il travaille, souffre et meurt volontiers […] Sans la foi, le missionnaire ne s’explique pas, il n’existe pas ; ou alors, s’il existe, ce n’est pas le vrai missionnaire de Jésus-Christ » (P Manna, Virtù Apostoliche - Lettere ai missionari, EMI, Bologne, 1997, 89).

En 1924, il se vit confier une nouvelle responsabilité, particulièrement importante : celle de diriger, comme Supérieur Général, l’Institut pour les Missions Étrangères de Milan qui devint, en 1926, l’Institut Pontifical pour les Missions Étrangères (PIME), selon la volonté de Pie XI, qui l’unit au Séminaire Missionnaire des Saint Apôtres Pierre et Paul de Rome. Durant les dix années qu’il passa à la tête de l’Institut, la passion missionnaire du père Manna se révéla surtout à travers les « conversations en famille » : des lettres-méditations adressées à ses confrères et publiées dans Il Vincolo, un bulletin destiné à informer, motiver et rassembler les membres du PIME œuvrant dans le monde entier. Rassemblés par la suite en un volume intitulé Virtù Apostoliche, ces écrits constituent aujourd’hui un classique de la spiritualité missionnaire.

Le père Manna était fermement convaincu du rôle central de la prière dans la vie apostolique du missionnaire. « Soyez des hommes de vie intérieure, des hommes de prière. […] Il est important de savoir prêcher, mais plus encore de savoir prier. Le missionnaire qui maîtrise bien la langue et sait prêcher mais qui prie peu exposera excellemment la vérité de notre sainte religion, mais il laissera les âmes froides. Le missionnaire qui a une grande intimité avec Dieu dans la prière, même s’il a des difficultés à prêcher, aura toujours le don de transmettre l’esprit de Jésus-Christ dans les âmes, ce que d’ailleurs la prédication doit obtenir avant tout. Le premier enseignera Jésus-Christ, l’autre le fera voir. Vous comprenez bien la différence ! “Si celui qui enseigne n’est pas homme de vie intérieure, sa langue dira des choses vaines” (Saint Grégoire) » (P. Manna, Virtù Apostoliche - Lettere ai missionari, op. cit., 1997, 100).

La pensée du père Manna s’enrichit et se précisa à la suite d’un long voyage missionnaire d’environ deux ans en Orient (1927-1929). À partir de l’observation des multiples situations environnementales, culturelles et ecclésiales, ainsi que des rencontres avec de nombreuses personnalités et avec les missionnaires sur le terrain, il rédigea un mémoire intitulé Observations sur la méthode moderne d’évangélisation. Ce texte de quatre-vingt-dix pages avec des notes, des commentaires et des propositions audacieuses et innovantes fut envoyé à Propaganda Fide, mais ne fut édité qu’en 1977.

En 1934, une fois son mandat de Supérieur Général de l’Institut achevé, une autre grande œuvre, qu’il avait lui-même commencée et préparée avec soin, connaîtra son aboutissement, sur mandat de l’Assemblée Générale du PIME, grâce à son successeur à la tête de l’Institut, Mgr Lorenzo Maria Balconi : la fondation des Missionnaires de l’Immaculée (Milan, le 8 décembre 1936). Cette nouvelle congrégation féminine reconnaît dans le père Manna « l’inspirateur » de son charisme missionnaire.

De 1937 à 1941, le père Manna fut Secrétaire international de l’Union Missionnaire du Clergé. Il entretint tout un réseau de relation avec des nonces, des évêques et des prêtres du monde entier. Il continua en même temps à écrire des lettres et à publier livres et articles. Particulièrement sensible aux lignes de fracture qui divisent les confessions chrétiennes, il devint « prophète de l’œcuménisme ». En 1941, il publia le livre Nos frères séparés et nous, qui fut traduit dans de nombreuses langues. Cette œuvre fut bien accueillie par les chrétiens non catholiques, en Orient comme en Occident, même si chacun resta sur ses positions. En 1950, il écrivit Nos Eglises et la propagation de l’Evangile ; les idées exposées dans cette œuvre seront largement reprises par Pie XII dans l’Encyclique Fidei Donum.

Le père Paolo Manna mourut à Naples le 15 septembre 1952. Sa dépouille mortelle repose à Ducenta (près de Naples). Il fut béatifié par Jean-Paul II, le 4 novembre 2001.

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  • Dernière modification: 2019/10/20 06:29
  • par elm31rugby